Le camping du Casseux à Cour-Cheverny

Dans le numéro 30 de La Grenouille de janvier 2016, nous avons relaté l’histoire du lavoir de Cour-Cheverny et parlé de l’origine du nom. Pour rappel, les commerçants et habitants du bourg avaient l’autorisation de déposer, à cet endroit, des casseaux de vaisselle, verres et ferrailles, afin de le remblayer. Pierre Gaveau, chargé d’enlèvement des boues et immon­dices et du nettoyage des rues du bourg déversait, avec son tombereau, les boues afin de compacter et agglomérer ces casseaux et l’employé communal chargé de les réduire était à l’époque appellé « Le Casseux ».
Après le déclin du fonctionnement du lavoir et sa fermeture, voyons la suite de l’histoire de ce lieu que les courchois connaissent bien sous le nom de camping du casseux.

Le Camping
Concernant l’installation d’un camping, nous n’avons trouvé aucune délibération. Seul un courrier de la mairie du 1er août 1963, adressé à la préfecture, fait état du « Terrain de camping du casseux : classé en 4e catégorie, offrant un séjour gratuit, avec une capacité maximum de 12 installations pour 36 cam­peurs. L’équipement sanitaire situé dans un bloc, rue de Saint-Aignan, comprenait : un WC avec chasse d’eau, des urinoirs, l’eau potable, à proximité du lavoir ».
Le Casseux à Cour-ChevernyCette description peut fait sourire. C’était ce que l’on appellerait aujourd’hui « une aire naturelle de camping » et, en cela, Cour- Cheverny était peut-être précurseur (terrain situé en centre bourg, avec des commerces de proximité, dans un cadre bucolique, calme et agréable).
Dans une délibération de novembre 1974, le conseil municipal propose la plantation d’arbres en différents lieux de la commune, en particulier « à l’espace vert du casseux ». Ce terrain, situé en bordure de rivière était, en effet, planté d’acacias qui, rendus dangereux par leur grand âge, avaient dû être abattus.



Une péripétie !
En 1975, il avait été demandé à M. Amiot, l’architecte habituellement sollicité par la com­mune, d’établir un projet de construction d’un camping à La Borderie, mais les différentes commissions ayant souhaité que le terrain de camping reste au « Casseux », le projet avait été abandonné !

Le pont du casseux
Début 1975, il est demandé au Syndicat inter­communal du Beuvron Centre-Aval, s’il est possible, dans le cadre des travaux de curage de la rivière « Le Conon », de refaire le pont du casseux, en le remplaçant par un pont cadre de 4 mètres de chaussée, permettant un accès plus facile au camping municipal. La commune donne son accord. Le Syndicat intercommunal du Beuvron Centre-Aval en sera le maître d’ouvrage.
Le Casseux à Cour-ChevernyL’entreprise Chognot est chargée des travaux.
Un an plus tard, par délibération du conseil municipal du 26 février 1976, les travaux neufs des chemins ruraux sont programmés, en particulier ceux du chemin rural dit « du casseux », comprenant l’élargissement, la pose de bordures béton, l’aménagement d’un parking et de la voie intérieure du camping, après déplacement d’un support EDF.
Cette voie permet de nos jours de relier agréa­blement la route de Fougères, le lotissement de La Borderie et la rue Félix Faure à la rue de Saint-Aignan aujourd’hui dénommée ruelle Saint-Aignan.

Agrandir le terrain de camping ?
En octobre 1975, le maire rend compte de pourparlers avec le Groupement forestier de Cheverny (château de Cheverny), proprié­taire du terrain nécessaire à l’agrandissement du camping du casseux. Ce projet restera momentanément sans suite.
À ce même conseil d’octobre 1975, le maire informe de la création d’un Fonds d’équipe­ment des collectivités locales permettant, par anticipation sur 1976, de répartir entre les collectivités et organismes bénéficiaires, un milliard de francs. La somme attribuée à ce titre à la commune de Cour-Cheverny s’élè­vant à 34 160 francs.
La commune peut prétendre à un emprunt de 35 000 francs à 15 ans et au taux de 9,25 % auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations. Elle dispose ainsi d’un cré­dit total de 69 160 francs pour des travaux d’équipement, cette affectation étant la seule restriction.
La Commission des travaux, souhaite que ces crédits soient utilisés pour l’équipement du terrain de camping du casseux en priorité (et éventuellement pour l’aménagement du logement de l’ex gare). Considérant que le tourisme est une des principales ressources de la commune et que le terrain de camping, très sollicité, ne comporte pas d’équipements sanitaires, le conseil décide de contracter l’emprunt de 35 000 francs dans les conditions exposées et il est demandé à la S.I.C.A.H.R, rue d’Auvergne à Blois, d’établir un dossier d’aménagement détaillé pour équiper le ter­rain de camping d’un bloc sanitaire et d’une installation d’éclairage.
En février 1976, la commission de travaux examine les offres des entreprises de Cour- Cheverny et Cheverny et le maire signe les marchés de gré à gré.
À nouveau, lors du conseil municipal de sep­tembre 1990, le projet d’agrandissement du camping, en négociation amiable, est soulevé.
En janvier 1991, le conseil municipal décide d’acquérir une parcelle appartenant au Groupement Forestier de Cheverny. En vue de cet agrandissement du camping du cas­seux, divers aménagements sont prévus par la D.D.E (Direction départementale de l’Équi­pement) :
une voie de liaison entre le camping et l’extension projetée ;
la création d’un sanitaire et la restauration de celui existant ;
la plantation de végétaux pour agrémenter les abords des emplacements et la desserte des divers réseaux EDF, AEP, éclairage public.
Ces travaux sont réalisables au 3e trimestre 1992.
Mais lors d’une réunion du Conseil du 17 juillet 1992, M. de Sigalas, représentant le Groupement Forestier de Cheverny et proprié­taire de la parcelle, ne désire plus vendre à la commune. Une solution est trouvée avec un bail de longue durée.

Le Syndicat d’Initiative et le camping
Fin décembre 1976, le Syndicat d’Initiative (SI), par l’intermédiaire de M. Géniès, 2e adjoint, et membre du SI de Cour-Cheverny, expose qu’il dispose d’un local communal dans lequel la permanence assurée jusqu’en 1975 à titre bénévole, ne sera plus possible. L’activité du Syndicat d’Initiative nécessitant une permanence tenue régulièrement et un secrétariat efficace, celui-ci propose donc de recruter une personne qui assurera également la gestion du camping pour le compte du SI.
Le Conseil municipal, considérant l’intérêt que représente le Syndicat d’Initiative, accorde la garantie de la commune pour contracter un emprunt, assurer et financer cette nouvelle mission.

Convention pour la gestion du terrain du camping
Le conseil municipal décide, à l’unanimité, de donner la gestion du camping du cas­seux au Syndicat d’Initiative de Cheverny/ Cour-Cheverny et autorise le 21 mai 1976, la signature par le maire Jean Grateau d’une convention avec M. de La Salle, vice-président du Syndicat d’Initiative de Cheverny/Cour-15
Cheverny, aux termes de laquelle « Il est convenu que :
La municipalité de Cour-Cheverny met à dis­position du S.I. le terrain de camping au lieu-dit « Le Casseux » en vue de sa gestion pour la pratique du camping », selon des conditions définies.
Le Syndicat d’Initiative de Cour-Cheverny assure la gestion du camping du casseux jusqu’en 2002. À partir de cette époque, des difficultés interviennent qui vont modifier la situation.
Le marquis de Vibraye, président de l’Office de Tourisme de Cour-Cheverny/Cheverny, écrit au maire de Cour-Cheverny, le 23 janvier 2002, pour « évoquer l’avenir du camping municipal du casseux » et l’informer qu’il n’est « plus possible d’en assurer la gestion » suite au décès de Jean-Pierre Vaillier, « qui a porté un premier coup très dur à notre organisation puisqu’il intervenait et veillait à la perfection au bon fonctionnement du camping.
Nous avons ensuite pensé nous en relever partiellement, grâce à l’intervention de M. Géniès qui nous avait mis en relation avec Mme Letellier, gérante du Café de Paris, à Cour-Cheverny. Cette dernière, forte d’une convention signée avec l’Office de Tourisme, a assumé le fonctionnement du camping pen­dant quelques mois. Malheureusement, des raisons personnelles l’ont obligée à arrêter.
Le camping est resté ouvert au public la saison passée grâce au courage, à la dis­ponibilité et à l’abnégation de MM. Morat et Durant. Mais, dans ce domaine, le bénévolat a atteint ses limites et il n’est pas possible de considérer une nouvelle saison d’ouverture du camping dans ces conditions ».
Par délibération du 5 mars 2002, la commune reprend à sa charge le fonctionnement du camping, qui sera ouvert du 15 juin au 30 septembre 2002.
Grâce aux moyens mis en oeuvre, à son emplacement en bordure de rivière et au cent /2017/04/Camping-Le-Casseux-Cour-Cheverny.html re du village, avec un accès direct aux commerces, sa situation très favorable pour la visite des châteaux de la Loire, on pouvait penser que le camping fonctionnerait correc­tement. Cependant, les conditions écono­miques, les habitudes des touristes Français comme étrangers changeant, le bilan devint déficitaire, à partir de 2008.
Lors d’une réunion du Conseil municipal du 20 juin 2014, Le maire indique que le camping « Le Casseux » restera fermé pour la saison 2014 et, de fait, il n’a plus été exploité depuis.
Le 20 septembre 2015 a été organisé à cet endroit le premier pique-nique communal qui a regroupé un nombre important d’habitants qui ont profité d’un dimanche d’été ensoleillé et très convivial pour partager un moment agréable ensemble… Cette opération a été renouvelée en 2016.
Au quotidien, les habitants de La Borderie et de la route de Fougères le traversent à pied pour accéder aux commerces.

Françoise Berrué

Sources :
Délibérations des Conseils municipaux
de Cour-Cheverny.

Registres de 1963 à 2016.

La Grenouille n° 35 - Avril 2017

Entreprise Huillet et le Domaine de "La Favorite" à Cour-Cheverny

Le château de « La Favorite », situé rue Nationale, à l’entrée du village de Cour-Cheverny (en venant de Blois), a été construit à la demande de M. Lorelly en 1865. Il était destiné à abriter une « personne préférée »...

Jusqu’en 1917, il a appartenu au vicomte d’Ouvrier, qui avait pour épouse une dame Lecerf. En juin 1918, les époux Jean-Baptiste Huillet et Jeanne, Louise, Henriette Jussaume, ont acheté la gentilhommière. Ils en ont amélioré le confort en faisant installer l’électricité en 1922 et creuser un puits en 1926. Le chauffage central et l’eau courante ont été installés en 1931. La grande cheminée de bois sculpté de la salle à manger provient du château de Sérigny.
Le domaine était agrémenté à l’époque par un cours de tennis, un potager, une roseraie et un verger, entre la route nationale et la rivière (à l’emplacement de la Maison de retraite actuelle).


Jean-Baptiste Huillet, puisatier à Cour-Cheverny
Jean-Baptiste Huillet, puisatier à Cour-Cheverny
À partir de 1918, le château de La Favorite a été habité par madame veuve Adèle Jussaume, mère de Jeanne Huillet. De 1918 à 1930, la famille Huillet venait de Paris, passer chaque week-end à La Favorite : Paris/ Blois et Blois/Cour-Cheverny par le train. Un employé venait chercher en voiture à cheval la famille à la gare de Cour-Cheverny en emprun­tant un chemin de terre (la rue du 8 mai aujourd’hui), et la déposait face à la grande grille du château.
Jean-Baptiste Huillet avait créé une entre­prise de forage et assurait divers tra­vaux concernant le captage des eaux à Charenton le Pont (département de la Seine à l’époque, devenu le Val de Marne). Il transféra son entreprise à Cour-Cheverny en 1931.
L’activité de l’entreprise était ainsi libellée : « Puits filtrants, puits pro­fonds, captages, travaux d’eau ». Plus simplement, on parlait du métier de puisatier.

Entreprise de Forage Huillet à Cour-ChevernyLe siège de l’entreprise Huillet et les bureaux étaient situés dans le châ­teau. Le gros matériel était entreposé sur un terrain en face, de l’autre côté de la route, près des ateliers. Le closier, qui entretenait les jardins, habitait une maison à l’angle de la rue du 8 mai et de la rue Nationale.
En 1945, Jean-Baptiste Huillet associa ses fils à l’affaire (Jean-Baptiste, Georges, André, Pierre et Louis). Son fils aîné (Jean-Baptiste), en prit la direction jusqu’à son décès en 1950 à l’âge de 49 ans. Robert Doumeng, époux de Georgette Huillet, assura alors la direction.
Jean-Baptiste Huillet, puisatier à Cour-Cheverny
Jean-Baptiste Huillet sur un chantier de forage
Suite au décès de Mme Huillet en avril 1962, le domaine de La Favorite a été vendu l’année suivante à la commune de Cour-Cheverny. Son maire, Fernand Brunet, avait pour projet de créer une Maison de retraite. Ainsi, La Favorite a été transformée en Maison de retraite en 1968/69.
L’entreprise Huillet s’est délocalisée dans plu­sieurs régions : Tours (37), Labbeville (95), Saint- Moreau (77) Montlivault (41).

Violette Rousvoal et Sylvie Edighoffer (nées Huillet).

La Grenouille n°35 - Avril 2017
Scaphandrier - Entrepsie Huillet à Cour-Cheverny
La tenue de scaphandrier était de mise pour
explorer les rivières en vue du captage des sources









L'église de Cour-Cheverny

L'église de Cour-Cheverny : une église de monastère à l'origine ?

Qui a construit l’église Saint-Aignan (1) de Cour-Cheverny, à quelle époque et pour quel usage ? La Grenouille, férue d’histoire locale, s’est posé la question, attirée par le caractère atypique de cet édifice religieux.

L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
Cliquez sur l'image pour l'agrandir
Nous savons par les historiens que cette église dédiée à Saint-Aignan a été construite au XIe ou XIIe s. au plus tard (puis transformée par la suite), mais par qui et pour quel usage ? Était-elle, comme certaines églises de villages voisins, une église incorporée à un monastère ? S’il ne reste aucune trace aujourd’hui de l’exis­tence d’un monastère, comme à Chailles par exemple, la structure de l’édifice associée aux données fournies par les historiens peuvent n ous donner certaines indications.

1) La chronologie et l’histoire de l’im­plantation des moines de l’abbaye de Bourgmoyen à Cour-Cheverny.
C’est aux XIe et XIIe siècles, après les inva­sions normandes, que se situe le plus grand développement de construction des églises de notre pays. À cette époque, les donations aux abbayes, qui sont nombreuses, (fondées pour la plupart depuis les VIIe et VIIIe s.) permettent la construction de beaucoup des églises qui existent encore actuellement, avec leurs transformations au cours des siècles suivants.

L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
La travée centrale, assez étroite
(3,65 m entre les piliers)
L’église de Cour-Cheverny figure dès 1145 parmi les possessions de l’Abbaye de Bourgmoyen de Blois. Plus exactement, il s’agit d’un prieuré - cure dépendant des chanoines réguliers de cette abbaye appar­tenant à l’ordre de Saint-Augustin [mentionné dans différentes Bulles papales (cartulage de Bourgmoyen) : Curia juxta Chaverneium, vel Sigalonia (2), (en 1254 - Bulle du pape Alexandre IV – également Bulle d’Eugène III en 1145)].
L’abbaye de Bourgmoyen, appellée aussi monastère de Sainte-Marie appartenait alors à l’archevêché de Chartres (celui de Blois n’existait pas encore). Elle fut fondée en 696 par des chanoines séculiers qui furent rempla­cés par des réguliers (3) en 1123.
Anciennement, un prieuré-cure était une cure dépendant d’un monastère de chanoines régu­liers. Les chanoines acceptaient les charges pastorales et de petits groupes de trois ou quatre formaient des communautés dans les paroisses. Plutôt que cure, leur résidence s’appelait alors prieuré.
Les prieurés étaient dotés d’églises construites et entretenues par l’abbaye-mère. (dans notre région, les églises construites par l’abbaye de Bourgmoyen sont celles de Chailles, Cheverny, Cour-Cheverny, Huisseau et Les Montils). La construction de l’église correspond donc à l’époque où les moines réguliers de Saint-Augustin s’installèrent à Cour-Cheverny.
Ces différents éléments historiques sont donc susceptibles d’étayer la thèse selon laquelle l’église de Cour-Cheverny aurait fait partie d’un monastère. Malheureusement, nous ne retrouvons aucune trace à notre époque de l’existence d’un tel monastère (toutefois l’exis­tence de murs anciens datant du XIIe ou XIIIe s. a été révélée récemment lors des travaux de rénovation du restaurant des Trois Marchands, voisin de l’église).
Et que dire des autres églises ? Sauf à Chailles où nous savons que l’église était adossée à son monastère, la preuve est rendue difficile car il ne reste pas, pour ces églises, suffisamment d’éléments carac­téristiques architecturaux de l’époque de la construction primitive (quoique la question peut se poser pour l’église de Cheverny où il existait aussi un prieuré-cure qui est éga­lement mentionné dans des Bulles papales du XIIe s.).

L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
L'église initiale de Cour-Cheverny,
construite au XIIe siècle

2) L’argument architectural
Pour l’église de Cour-Cheverny, la situation apparaît différente, sur le plan architectural, l’édifice comportant des éléments architec­turaux atypiques qui laissent à penser que c’était à l’origine une église de monastère.
Dans leurs ouvrages consacrés au Loir-et- Cher, et en particulier au canton de Contres, les historiens locaux, le chanoine Rémi Porcher et le docteur Frédéric Lesueur, ont décrit l’église Saint-Aignan de Cour-Cheverny. Dans les pages consacrées à cet édifice, ils décrivent les transformations et agrandis­sements du bâtiment au cours des siècles (notamment aux XVIe et XVIIe s.) ainsi que les parties primitives encore visibles:
Le docteur Lesueur écrit ainsi, concernant les parties anciennes : « ...La nef avait pri­mitivement des arcades étroites... retombant sur des piles carrées : il en subsiste une à gauche et trois à droite. Ces arcades romanes étaient surmontées d’une corniche coupée par des corbeaux sculptés, qui supportent des pilastres. Le vaisseau était éclairé directe­ment par des fenêtres encore visibles dans le comble... Les murs du bas - côté sud doivent remonter au XIIe siècle » (fenêtre romane) ».


L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
La travée originelle, à droite de
la nef centrale mesurait 3,50 m
entre ses piliers
Il poursuit en évoquant les deux portails du XIIe s. et décrit les transformations effectuées aux XVIe et XVIIe s. qui ont donné à l’église son aspect actuel, bien différent de celui d’origine. Une partie des arcades primitives a été élargie, la nef centrale reçut des voûtes d’ogives placées beaucoup plus bas (dont une clef porte la date de 1609), les trois dernières travées du bas-côté sud ont été transformées  et surtout un bas-côté nord a été construit en miroir (qui fait ressortir l’étroitesse des deux autres nefs). À l’extérieur, le petit clocher à bulbe a été ajouté au XVIIe s.
En ce qui concerne plus particulièrement l’existence probable d’un monastère, Rémi Porcher, pour sa part, écrit «... l’une et l’autre de ces nefs (NDRL : la nef centrale et « le bas côté à droite ») sont très étroites, ce qui rend le choeur, qui termine cette nef du milieu, un des plus exigü et des plus incommode que l’on puisse imaginer pour une église parois­siale. Aussi la dimension attribuée à ces deux nefs donne-t-elle lieu de soupçonner que, primitivement, cet édifice n’avait pas été des­tiné à servir d’église paroissiale, mais devait être un monastère... Les églises construites pour cette destination, même les plus vastes, sont toujours plus étroites, quant aux nefs... On pourrait donc, avec assez de raisons, penser que le local occupé aujourd’hui par l’église paroissiale de Cour-Cheverny et de son presbytère, l’était autrefois par une mai­son religieuse, dont la suppression remonte à des temps très reculés... La population du bourg de Cour s’étant accrue, on a ajouté à la gauche de la nef du milieu, un autre bas-côté qui, à lui tout seul, est plus large que cette nef et l’autre bas côté pris ensemble...».
La thèse de Rémy Porcher apparaît intéres­sante et à même de nous convaincre : n’était-il pas en effet bien placé, étant lui-même un chanoine et connaissant parfaitement les spécificités architecturales des églises de monastères pour remarquer que celle de Cour-Cheverny était différente des autres pour les motifs qu’il indique ?



Le Héron - La Grenouille n°35 - Avril 2017

(1) En 451, Saint-Aignan était évêque d’Orléans. Selon la tradition, il arrêta les Huns qui s’apprêtaient à envahir la ville grâce à ses prières et au soutien armé des troupes d’Aetius (dernier grand général romain en Gaule). Les Huns quittèrent alors la cité sans la dévaster. De nom­breuses localités et églises portent son nom en France, car il fut considéré à l’époque comme un sauveur.
(2) Sigalonia = Sologne
(3) Les chanoines réguliers vivaient généralement par groupes de trois ou quatre et acceptaient les charges pas­torales (ils sortaient de leur monastère).
Sources :
- Rémy Porcher : Petites monographies des communes du Loir et Cher (Contres) Archives départementales G/F 61.
- Docteur Frédéric Lesueur : Les églises de Loir-et-Cher. Archives départementales.
- Site internet « Les clochers de France ».
- Guillaume Doyen : Histoire de la ville de Chartres... (1786).
L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
A gauche : l'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny à l'époque de sa construction (XIIe s.)
A droite : l'église après la construction de son extension (XVIe et XVIIe s.) et de ses aménagements




L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
L’église de Cour-Cheverny dans sa version actuelle. 
Les éléments ajoutés aux XVIe-XVIIe s. 
sont représentés de couleur orange.
L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
Vue arrière de l'église Saint-Aignan
 sur une carte postale ancienne


L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
Combles actuels au-dessus du choeur. 
Le plafond construit vers le XVIe ou XVIIe siècle 
au-dessus de la nef, constitue le sol des combles.

L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
Combles actuels éclairés par les lucarnes d’origine, 
qui apportaient de la lumière à l’intérieur de l’église 
avant la construction d’un plafond au-dessus de la 
nef centrale. Au fond, l’escalier d’accès au clocher.
Vous pouvez découvrir d'autres photos 
de l'église de Cour-Cheverny en cliquant ici

Quelques perspectives de l'église... :








L'exploitation du tabac à Cour-Cheverny

La Grenouille s’est intéressée à l’exploitation du tabac sur la commune de Cheverny et a rencontré quatre témoins de cette époque.

Le premier, Bernard Givierge nous livre par écrit ses souvenirs de l’époque où son père Henri cultivait une parcelle de tabac à Cheverny.
Document de la SEITA certifiant la fin
de cueillette du tabac chez Henri
Givierge, daté du 15 septembre 1937
« Le tabac est originaire de l’île de Tabago, aux Antilles. Cultivé dans de nombreux pays, il est importé en Europe par les espagnols, puis vulgarisé en France par Jean Nicot, ambassadeur de Catherine de Médicis vers 1570-1580. En France, la culture du tabac n’était autorisée que dans 25 départements.
À Cheverny, la culture du tabac concernait environ une douzaine d’agriculteurs qui obte­naient ainsi un complément de revenus. Parmi eux, Henri Givierge a cultivé le tabac de 1935 à 1956. Les surfaces exploitées excédaient rarement un demi hectare.
La culture, la fabrication et la commercialisation du tabac étaient sous le contrôle de l’administra­tion des tabacs de la régie, dont la dénomination officielle est « Service d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes » (S.E.I.T.A.).

La culture et la récolte du tabac
Les graines, de la variété « Paraguay » étaient fournies par la SEITA et semées sous chassis. Les parcelles qui recevaient les jeunes plants étaient déclarées à la SEITA. Les rangs étaient espacés de 0,66 m et les plants positionnés par intervalles de 0,33 m, soit 46 000 plants à l’hectare. Un agent de la SEITA contrôlait avec un décamètre.
La plante, dont la fleur est rose, peut atteindre 2 mètres de haut. Lorsqu’elle atteint un mètre, on enlève 3 ou 4 feuilles basses de mauvaise qualité, puis on écime le pied au dessus de la 9e feuille. Ensuite, il y a 3 cueillettes de 3 feuilles dont la qualité est différente, allant du blond clair au blond foncé et au marron.
La récolte terminée, il fallait couper les pieds pour éviter toute repousse pouvant servir à une production frauduleuse.
Le séchoir de Mme Chenu
(ancienne propriété de la famille Besnard)
Les feuilles récoltées étaient transpercées par une aiguille de 2 m entraînant une corde, pour en faire des guirlandes. Celles-ci étaient suspendues dans des séchoirs à tabac (des hangars bardés de planches non jointes afin de permettre une ventilation pour un séchage rapide).
En hiver, les feuilles étaient triées en diffé­rentes catégories, selon la qualité. Puis on réalisait des manoques (1) de 24 feuilles, plus une 25e qui servait de lien. Ces manoques étaient mises en balles très serrées et livrées à la SEITA, à Blois ».
Bernard Givierge

Volets mobiles sur le séchoir de
M. et Mme Hey (ancienne propriété de
la famille Besnard)
Claude Chéron : « Vers l’âge de dix ans, chaque été, de nombreux enfants étaient comme moi embauchés pour la cueillette du tabac. Grâce à notre petite taille, nous étions plus à l’aise que les aînés qui devaient cour­ber le dos pour ne pas abîmer les feuilles supérieures. Nous devions couper 3 feuilles maximum par pied, et les déposer soigneuse­ment en tas, en les disposant en croix. Une personne venait ensuite les ramasser en les portant soigneusement sur ses avant-bras, toujours avec le souci de les garder intactes.
Il fallait travailler soigneusement et précisé­ment ; un jour l’inspecteur a repéré un plant sur lequel 4 feuilles avaient été coupées, au lieu de trois, et c’était mon oeuvre… : je me souviens encore de « l’avoinée » à laquelle j’ai eu droit…
Le travail se poursuivait dans le séchoir ; les enfants travaillaient en général près de la porte, car l’odeur de nicotine était très entê­tante. Les feuilles étaient déposées à plat sur des tables, placées par deux, face contre face, et enfilées ensuite sur une ficelle passée dans la tige. L’ensemble était accroché dans le haut du séchoir ; l’exploitant devait ensuite surveiller le séchage, en vérifiant qu’il n’y avait ni feuilles collées, ni pourriture.
Tout ceci rappelle de bons souvenirs, avec l’odeur du tabac dans les champs, les chan­sons pendant la cueillette, de bons repas et goûters, et un peu d’argent de poche… ».

Les bottes de ficelles, utilisées pour
constituer les manoques, encore
présentes dans le séchoir
de Gérard Besnard
Gérard Besnard : « Dans les années 30 à 80, à Cheverny, quelques agriculteurs prati­quaient la polyculture : la vigne, les asperges, les céréales et aussi le tabac. Maurice, mon père, faisait partie de ceux-là et cultivait environ 4 hectares de tabac au lieudit La Rue Colin.
À l’extrémité de chaque parcelle, sur une feuille placée dans une boîte sur un piquet, étaient répertoriées ses caractéristiques (sur­face, nombre de rangs, etc.), pour permettre au contrôleur de la SEITA de vérifier le res­pect des règles.
Lors de la cueillette, on éliminait d’abord les feuilles basses de mauvaise qualité. Venaient ensuite trois cueillettes : de pied (3 feuilles), médiane (3 ou 4) et de tête (4 ou plus) de qua­lités différentes.
Puis venait le travail dans le séchoir (hangar bardé de planches, ou parfois de tôles, et muni de volets ou de ventaux mobiles pour favori­ser la ventilation) (2). Avant la construction de ces séchoirs spécifiques, le tabac était séché dans les granges et les greniers, répandant son odeur dans toute la maison… Cela per­mettait d’ailleurs de protéger les charpentes, car l’odeur du tabac éloignait les insectes.
Les feuilles étaient posées sur des tables et ensuite assemblées par deux, les tiges étant pincées sur l’enfileuse, petite machine élec­trique qui permettait de passer une aiguille tirant une ficelle les traversant. On constituait ainsi des guirlandes de 40 feuilles accrochées sur des liteaux d’environ 1,60 m de long, eux-mêmes attachés à chaque extrémité sur des cordelettes tous les 60 cm environ. Cet en­semble de guirlandes était ensuite monté par un treuil jusqu’au sommet du séchoir qui pou­vait atteindre une dizaine de mètres de haut, et positionné précisément sur des pannes avec une très longue perche tenue à bout de bras. Le séchoir était ainsi petit à petit entièrement rempli par la récolte. Tout ceci constituait un travail très physique.
Le séchage se prolongeait jusqu’en novembre. Les feuilles, devenues d’un brun clair à brun foncé, étaient ensuite triées une par une, selon leur qualité (pas de cassures ni de pour­riture…) et rassemblées en manoques de 24 feuilles, la 25 e enroulant le tout. On constituait ensuite des balles de 40 kg, avec une presse, pour les livrer à la SEITA de Blois».

Le tabac est un type de culture très prenant et exigeant
Mario Barbosa a cultivé le tabac à Cheverny à partir de 1973, jusqu’à sa dernière récolte en 1981. Ces années là ne connaissaient déjà plus les mêmes contraintes légales ni le même environnement économique et culturel quant à la consommation de tabac que les décennies précédentes.
Mario Barbosa : « On ne remplissait plus les documents qui attestaient de la fin de la culture auprès de la SEITA. On n’en était pas à 500 ou 1 000 pieds de tabac près sur l’exploi­tation, c’est la récolte qui comptait. Quand on a commencé à planter avec des machines, l’écartement des rangs a été modifié en consé­quence : deux rangs serrés et deux rangs plus espacés pour laisser passer la machine et faciliter la cueillette. Il fallait planter à partir de la première semaine de mai et ne pas dépas­ser le 20 mai. On faisait 3 récoltes. Les deux premières fin juillet/début août, la troisième fin août/début septembre. D’abord on cueillait 3 feuilles basses, puis 4 médianes et 3 à la tête : soit 10 feuilles. Plus tard, on est passé à 12 feuilles. Les médianes étaient les meilleures, les feuilles de tête étaient les plus épaisses et servaient notamment à fabriquer les Gitanes maïs très chargées en goudron. Avec les mé­thodes de fermentation employées par les fa­bricants de cigarettes, on éliminait cependant beaucoup de goudron. Le conditionnement des feuilles de tabac se faisait sous forme de balles rectangulaires d’une trentaine de kilos. Je n’ai pas connu les manoques.
Je livrais la première cueillette fin décembre et les deux autres fin janvier/début février. Un prix de base était défini auquel on ajoutait une prime à la qualité. Le contrôleur arrachait un échantillon de chaque balle pour en apprécier la qualité... il faut reconnaître que les balles n’étaient pas toujours homogènes ».

Les types de tabacs cultivés
« J’ai cultivé le tabac Burley, tabac clair ou brun très léger qu’on pouvait mélanger au blond de Virginie. Je n’ai produit qu’un an du tabac de Virginie, dont la production demandait encore plus d’exigences. Plus sensible au terrain, on ne pouvait le sécher qu’au four, alors que le Burley séchait sous abri à l’air libre.
Les cigarettes légères étaient fabriquées uni­quement avec la première récolte. Par la suite, on a ralenti les amendements pour ne pas trop charger les feuilles de tête devenues plus dif­ficiles à commercialiser. La SEITA produisait à peine assez pour ses besoins et achetait du tabac super léger dans d’autres pays pour le mélanger à du plus fort.
De 1979 à 1981, tout a basculé. Le premier choix a été déclassé et la production n’a plus été payée convenablement. De plus, ces 3 années ont été très mauvaises sur le plan cli­matique ».

Propos recueillis par La Grenouille et Le Tri­ton - La Grenouille n°34 - Janvier 2017

(1) Manoques : petites bottes de tabac en feuilles
(2) On peut voir encore quelques-uns de ces séchoirs, notamment à la Rue Colin, à la Soulardière ou à Villavrain sur la commune de Cheverny.