L'église de Cour-Cheverny

L'église de Cour-Cheverny : une église de monastère à l'origine ?

Qui a construit l’église Saint-Aignan (1) de Cour-Cheverny, à quelle époque et pour quel usage ? La Grenouille, férue d’histoire locale, s’est posé la question, attirée par le caractère atypique de cet édifice religieux.

L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
Cliquez sur l'image pour l'agrandir
Nous savons par les historiens que cette église dédiée à Saint-Aignan a été construite au XIe ou XIIe s. au plus tard (puis transformée par la suite), mais par qui et pour quel usage ? Était-elle, comme certaines églises de villages voisins, une église incorporée à un monastère ? S’il ne reste aucune trace aujourd’hui de l’exis­tence d’un monastère, comme à Chailles par exemple, la structure de l’édifice associée aux données fournies par les historiens peuvent n ous donner certaines indications.

1) La chronologie et l’histoire de l’im­plantation des moines de l’abbaye de Bourgmoyen à Cour-Cheverny.
C’est aux XIe et XIIe siècles, après les inva­sions normandes, que se situe le plus grand développement de construction des églises de notre pays. À cette époque, les donations aux abbayes, qui sont nombreuses, (fondées pour la plupart depuis les VIIe et VIIIe s.) permettent la construction de beaucoup des églises qui existent encore actuellement, avec leurs transformations au cours des siècles suivants.

L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
La travée centrale, assez étroite
(3,65 m entre les piliers)
L’église de Cour-Cheverny figure dès 1145 parmi les possessions de l’Abbaye de Bourgmoyen de Blois. Plus exactement, il s’agit d’un prieuré - cure dépendant des chanoines réguliers de cette abbaye appar­tenant à l’ordre de Saint-Augustin [mentionné dans différentes Bulles papales (cartulage de Bourgmoyen) : Curia juxta Chaverneium, vel Sigalonia (2), (en 1254 - Bulle du pape Alexandre IV – également Bulle d’Eugène III en 1145)].
L’abbaye de Bourgmoyen, appellée aussi monastère de Sainte-Marie appartenait alors à l’archevêché de Chartres (celui de Blois n’existait pas encore). Elle fut fondée en 696 par des chanoines séculiers qui furent rempla­cés par des réguliers (3) en 1123.
Anciennement, un prieuré-cure était une cure dépendant d’un monastère de chanoines régu­liers. Les chanoines acceptaient les charges pastorales et de petits groupes de trois ou quatre formaient des communautés dans les paroisses. Plutôt que cure, leur résidence s’appelait alors prieuré.
Les prieurés étaient dotés d’églises construites et entretenues par l’abbaye-mère. (dans notre région, les églises construites par l’abbaye de Bourgmoyen sont celles de Chailles, Cheverny, Cour-Cheverny, Huisseau et Les Montils). La construction de l’église correspond donc à l’époque où les moines réguliers de Saint-Augustin s’installèrent à Cour-Cheverny.
Ces différents éléments historiques sont donc susceptibles d’étayer la thèse selon laquelle l’église de Cour-Cheverny aurait fait partie d’un monastère. Malheureusement, nous ne retrouvons aucune trace à notre époque de l’existence d’un tel monastère (toutefois l’exis­tence de murs anciens datant du XIIe ou XIIIe s. a été révélée récemment lors des travaux de rénovation du restaurant des Trois Marchands, voisin de l’église).
Et que dire des autres églises ? Sauf à Chailles où nous savons que l’église était adossée à son monastère, la preuve est rendue difficile car il ne reste pas, pour ces églises, suffisamment d’éléments carac­téristiques architecturaux de l’époque de la construction primitive (quoique la question peut se poser pour l’église de Cheverny où il existait aussi un prieuré-cure qui est éga­lement mentionné dans des Bulles papales du XIIe s.).

L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
L'église initiale de Cour-Cheverny,
construite au XIIe siècle

2) L’argument architectural
Pour l’église de Cour-Cheverny, la situation apparaît différente, sur le plan architectural, l’édifice comportant des éléments architec­turaux atypiques qui laissent à penser que c’était à l’origine une église de monastère.
Dans leurs ouvrages consacrés au Loir-et- Cher, et en particulier au canton de Contres, les historiens locaux, le chanoine Rémi Porcher et le docteur Frédéric Lesueur, ont décrit l’église Saint-Aignan de Cour-Cheverny. Dans les pages consacrées à cet édifice, ils décrivent les transformations et agrandis­sements du bâtiment au cours des siècles (notamment aux XVIe et XVIIe s.) ainsi que les parties primitives encore visibles:
Le docteur Lesueur écrit ainsi, concernant les parties anciennes : « ...La nef avait pri­mitivement des arcades étroites... retombant sur des piles carrées : il en subsiste une à gauche et trois à droite. Ces arcades romanes étaient surmontées d’une corniche coupée par des corbeaux sculptés, qui supportent des pilastres. Le vaisseau était éclairé directe­ment par des fenêtres encore visibles dans le comble... Les murs du bas - côté sud doivent remonter au XIIe siècle » (fenêtre romane) ».


L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
La travée originelle, à droite de
la nef centrale mesurait 3,50 m
entre ses piliers
Il poursuit en évoquant les deux portails du XIIe s. et décrit les transformations effectuées aux XVIe et XVIIe s. qui ont donné à l’église son aspect actuel, bien différent de celui d’origine. Une partie des arcades primitives a été élargie, la nef centrale reçut des voûtes d’ogives placées beaucoup plus bas (dont une clef porte la date de 1609), les trois dernières travées du bas-côté sud ont été transformées  et surtout un bas-côté nord a été construit en miroir (qui fait ressortir l’étroitesse des deux autres nefs). À l’extérieur, le petit clocher à bulbe a été ajouté au XVIIe s.
En ce qui concerne plus particulièrement l’existence probable d’un monastère, Rémi Porcher, pour sa part, écrit «... l’une et l’autre de ces nefs (NDRL : la nef centrale et « le bas côté à droite ») sont très étroites, ce qui rend le choeur, qui termine cette nef du milieu, un des plus exigü et des plus incommode que l’on puisse imaginer pour une église parois­siale. Aussi la dimension attribuée à ces deux nefs donne-t-elle lieu de soupçonner que, primitivement, cet édifice n’avait pas été des­tiné à servir d’église paroissiale, mais devait être un monastère... Les églises construites pour cette destination, même les plus vastes, sont toujours plus étroites, quant aux nefs... On pourrait donc, avec assez de raisons, penser que le local occupé aujourd’hui par l’église paroissiale de Cour-Cheverny et de son presbytère, l’était autrefois par une mai­son religieuse, dont la suppression remonte à des temps très reculés... La population du bourg de Cour s’étant accrue, on a ajouté à la gauche de la nef du milieu, un autre bas-côté qui, à lui tout seul, est plus large que cette nef et l’autre bas côté pris ensemble...».
La thèse de Rémy Porcher apparaît intéres­sante et à même de nous convaincre : n’était-il pas en effet bien placé, étant lui-même un chanoine et connaissant parfaitement les spécificités architecturales des églises de monastères pour remarquer que celle de Cour-Cheverny était différente des autres pour les motifs qu’il indique ?



Le Héron - La Grenouille n°35 - Avril 2017

(1) En 451, Saint-Aignan était évêque d’Orléans. Selon la tradition, il arrêta les Huns qui s’apprêtaient à envahir la ville grâce à ses prières et au soutien armé des troupes d’Aetius (dernier grand général romain en Gaule). Les Huns quittèrent alors la cité sans la dévaster. De nom­breuses localités et églises portent son nom en France, car il fut considéré à l’époque comme un sauveur.
(2) Sigalonia = Sologne
(3) Les chanoines réguliers vivaient généralement par groupes de trois ou quatre et acceptaient les charges pas­torales (ils sortaient de leur monastère).
Sources :
- Rémy Porcher : Petites monographies des communes du Loir et Cher (Contres) Archives départementales G/F 61.
- Docteur Frédéric Lesueur : Les églises de Loir-et-Cher. Archives départementales.
- Site internet « Les clochers de France ».
- Guillaume Doyen : Histoire de la ville de Chartres... (1786).
L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
A gauche : l'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny à l'époque de sa construction (XIIe s.)
A droite : l'église après la construction de son extension (XVIe et XVIIe s.) et de ses aménagements




L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
L’église de Cour-Cheverny dans sa version actuelle. 
Les éléments ajoutés aux XVIe-XVIIe s. 
sont représentés de couleur orange.
L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
Vue arrière de l'église Saint-Aignan
 sur une carte postale ancienne


L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
Combles actuels au-dessus du choeur. 
Le plafond construit vers le XVIe ou XVIIe siècle 
au-dessus de la nef, constitue le sol des combles.

L'église Saint-Aignan de Cour-Cheverny
Combles actuels éclairés par les lucarnes d’origine, 
qui apportaient de la lumière à l’intérieur de l’église 
avant la construction d’un plafond au-dessus de la 
nef centrale. Au fond, l’escalier d’accès au clocher.
Vous pouvez découvrir d'autres photos 
de l'église de Cour-Cheverny en cliquant ici

Quelques perspectives de l'église... :